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Sunrise
Simulation d’aube pour les hivernants polaires


2014-...

vendredi 28 novembre 2014, par Amaury Solignac

SUNRISE est une évaluation de l’efficacité de simulateurs d’aube et de crépuscule dans les chambres des hivernants polaires de la station Concordia, comme contre-mesure aux effets délétères des 3 mois de nuit polaire sur le sommeil.

Ce projet de recherche a été sélectionné par l’Agence Spatiale Européenne pour une implémentation en Antarctique dans la station franco-italienne Concordia et la station britannique Halley, à partir de 2016. Les résultats de cette étude trouveront des applications dans la plupart des environnements extrêmes.

Ce programme est le fruit d’une collaboration entre l’Unité Sommeil et Vigilance de l’Hôtel Dieu, ICEBERG, l’IRBA, IDREAMT et l’IMASSA.

Le dysfonctionnement des rythmes de l’horloge biologique peut avoir des conséquences sur l’humeur et le comportement, le bien-être, la performance, et même la santé. Le contexte polaire favorise ce type de dysfonctionnements, par de fortes variations saisonnières de la photopériode au cours de l’année, d’un jour permanent en été jusqu’à une nuit permanente en hiver.
Le trouble affectif saisonnier (Seasonal Affective Disorder ou SAD) associant dépression, hypersomnolence et boulimie, est un syndrome courant dans les régions à forte saisonnalité, pendant les mois de faible luminosité. Dans les stations antarctiques, une forme plus modérée, sub-syndromale, est décrite dans la littérature avec des effets sur le sommeil, l’humeur et la performance [1] [2].

La luminothérapie, dosée avec soin, est couramment mise en œuvre sous les hautes latitudes des pays Nordiques, comme contre-mesure aux symptômes du SAD liés au sommeil et à l’humeur. Le recours à des lumières de forte intensité, notamment bleue, a été récemment testé dans le contexte des stations scientifiques en Antarctique, y compris Concordia. Toutefois, ce type de lumière est coûteux en énergie, et l’observance des participants peut être limitée en raison du temps d’exposition requis [1].
Dans les pays arctiques, et même sous des latitudes plus modérées, la simulation d’aube (une lumière dont l’intensité croît progressivement avant l’éveil) est aussi couramment utilisée comme contre-mesure préventive et curative aux symptômes du SAD, par les professionnels de santé comme la population générale. Des essais cliniques la comparant à l’exposition à une lumière vive et à un placébo suggèrent que la simulation d’aube peut améliorer une humeur négative [3], et même générer une avance de phase de plus de 30mn, similaire à celle obtenue par l’exposition à une lumière vive juste après le réveil [4].

Nous testerons l’efficacité de simulations d’aube (avant l’éveil) et de crépuscule (au coucher) sur le sommeil et l’humeur des hivernants de la station Concordia. Les effets physiologiques et psychologiques sur l’humeur et le sommeil seront évalués, ainsi que la praticabilité et l’observance de cette contre-mesure, essentiellement passive.
Simplicité d’implémentation, faible consommation énergétique et bonne observance sont les atouts qui font de la simulation d’aube une contre-mesure prometteuse dans le contexte des missions polaires, mais aussi dans des situations analogues à luminosité artificielle telles que les patrouilles sous-marines et les missions spatiales de longue durée, notamment au-delà de l’orbite basse et à la surface d’autres planètes.


Financement : CNES.

Soutien logistique : IPEV / PNRA / BAS.

Crédit photo : Amaury Solignac.


[1 Arendt, J. (2012). Biological rhythms during residence in polar regions. Chronobiology international, 29(4), 379-394.

[2 Palinkas, L. A., & Suedfeld, P. (2008). Psychological effects of polar expeditions. Lance, 371(9607), 153-163.

[3 Terman, M., & Terman, J. S. (2006). Controlled trial of naturalistic dawn simulation and negative air ionization for seasonal affective disorder. The American Journal of Psychiatry, 163(12), 2126-2133.

[4 Terman, M., & Terman, J. S. (2010). Circadian rhythm phase advance with dawn simulation treatment for winter depression. Journal of Biological Rhythms, 25(4), 297-301